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Biographie
André Fleury est né le 25 juillet 1903 à Neuilly sur Seine. Si son père le met au piano, il entend un jour un orgue et décide alors de devenir organiste. Il étudie dabord auprès de Henri Letocart et dEugène Gigout, avant dêtre, au Conservatoire de Paris, le dernier élève de Louis Vierne et le premier élève de Marcel Dupré dans la classe duquel il obtient, en 1926, un Premier prix dorgue et dimprovisation.
En 1920, il est suppléant dEugène Gigout à St Augustin puis de Charles Tournemire à Ste Clotilde. A la mort de Jean Huré, en 1930, il est nommé titulaire du Grand Orgue de St Augustin. . En 1948, il sinstalle à Dijon où, jusquen 1971, il est titulaire du Grand Orgue de la cathédrale, où il a succédé à Emile Poillot, et professeur dorgue et de piano au conservatoire.
Lorsquil revient à Paris, il est nommé co-titulaire du Grand Orgue de St Eustache, à la demande de Jean Guillou, mais également organiste de la cathédrale St Louis de Versailles et professeur dorgue à la Schola Cantorum.
En tant que compositeur, il a notamment écrit, pour lorgue, deux préludes et fugues, un Prélude, Andante et Toccata (souvent joué et enregistré à létranger), deux symphonies, des Variations sur un Noël bourguignon, une Fantaisie et deux recueils de pièces pour orgue. Il est édité chez Lemoine, Bornemann, Hérelle, Chant du Monde, aux éditions de la Schola et Procure et aux Editions Ouvrières.
Ses concerts lont mené en Allemagne où il est, depuis longtemps, accueilli comme lun des prestigieux ambassadeurs de notre école dorgue, en Suisse, Belgique, Hollande, Angleterre, Italie, et, bien sûr, partout en France. Nombre de ses concerts ont été enregistrés par la Radio.
Son répertoire comprend bien entendu les grands classiques, comme Bach ou Buxtehude, mais il a tenu, avant tout, à être le serviteur de la musique symphonique et contemporaine française, avec Franck, Vierne, Widor, Barié, Marty, Dupré, Langlais, Messiaen, Duruflé, Daniel-Lesur... Il a notamment créé la Pièce en mi bémol de César Franck, la Sonate pour orgue de Darius Milhaud (première audition en France), le Scherzo de Maurice Duruflé et, en deuxième audition, la Nativité dOlivier Messiaen.
André Fleury a joué, comme soliste, sous la direction dHermann Scherchen, de Paul Paray, de Pierre Dervaux et de Charles Munch. Il a enregistré chez Philips et Calliope.
Parmi ses élèves les plus connus, on peut citer, entre autres, Bernard Gavoty, Pierre Cochereau et Daniel-Lesur.
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Son oeuvre
Un compositeur à limagination fertile et personnelle
Voici ce quécrivait Louis Vierne, dans ses mémoires, en 1937: Fleury sest classé comme lun des plus grands virtuoses de ce temps. Sa technique instrumentale est formidable; il se joue, sans le moindre effort apparent, des pires difficultés, et interprète le grand répertoire en artiste consommé. Sa réputation est déjà considérable ici et ailleurs. Cest aussi un improvisateur et un compositeur à limagination fertile et personnelle; il a déjà apporté une belle contribution à la littérature contemporaine dorgue sous forme de pièces de facture soignée, décriture élégante et souple, semées dinventions de haut goût .
Une cinquantaine d'"opus" constituent son catalogue et peuvent être divisés, même si c'est de façon quelque peu arbitraire, en deux catégories : les uvres destinées au concert et celles écrites pour la liturgie.
la musique d'église
Nous trouvons notamment ici les pièces écrites pour la revue "L'Organiste", de l'Abbé Courtonne, utilisant fréquemment des thèmes grégoriens (Carillon sur le Victimae Paschali Laudes, Paraphrase de l'Alleluia de la messe de Pâques, Variations sur O Filii, sur Adeste Fideles, Versets pour le Magnificat du 8ème ton...). Il convient d'y ajouter l'ensemble des pages parues de 1961 à 1968 formant une messe pour le XVIème dimanche après la Pentecôte 1 et les Vingt-quatre pièces 2 pour orgue, écrites de 1930 à 1933 sur les vingt-quatre tonalités de notre système musical. D'un abord relativement facile, elles sont à André Fleury ce que sont les 24 pièces en style libre de Vierne à l'ensemble de son uvre : un résumé, en miniature, de ce qui fait la signature du maître, une confidence en quelque sorte.
Qu'elles soient de forme scherzo, avec le martèlement des croches détachées, qu'elles utilisent des modulations rapides ou le rythme obsédant de syncopes, ou bien encore des harmonies simples suggérant la fluidité, ces pages sont toujours d'une construction parfaite et leur apparente liberté d'écriture n'est jamais exclusive d'une grande rigueur formelle.
La musique de concert
Les principales uvres destinés à être jouées en concert sont : Allegro symphonique (1927) 2, Prélude et fugue n°1 (1928) 2, Prélude, Andante et Toccata (1931/1932) 3, Symphonie n°1 (1938/1943) 3, Symphonie n°2 (1946/1947) 3, Prélude et fugue n°2 (1957/1959) 3, Variations sur un Noël Bourguignon (1959/1960) 1, Fantaisie (1969) 4, Prélude, Cantilène et Final (1981) 5.
Si l'Allegro symphonique, qui se verra décerner un Premier Accessit au Conservatoire, est une uvre comportant un réel panache mais s'inscrivant dans la tradition néo-romantique, le Prélude et fugue en fa mineur, écrit l'année suivante, comporte en germe ce qui va être la signature de Fleury : un premier mouvement "rêveur s'estompant dans un lointain aux sonorités à demi-voilées, dans une atmosphère de nonchalantes harmonies", comme l'écrit Bernard Gavoty, suivi d'une fugue vigoureuse, virtuose, déjà marquée par la rigueur.
Le Prélude, Andante et Toccata, qui est sa pièce la plus jouée, notamment à l'étranger, est une réussite absolue. De conception cyclique, utilisant un thème que l'on retrouve donc dans les trois mouvements, cette uvre possède un style personnel et affirmé, ce qu'esquissait seulement le Prélude et fugue. "Il faut jouer la première phrase rêveuse et estompée comme un nocturne ; il faut regarder les nuages" confiait Fleury à propos du premier mouvement, un crescendo-decrescendo sur les jeux de fonds. L'Andante utilise un nouveau matériau thématique avant de reprendre le thème initial dans la fugue centrale puis de les superposer dans la troisième partie, tout en utilisant des modulations "qui chauffent l'harmonie" pour reprendre l'expression du maître. La Toccata finale est une page redoutable, au staccato enfiévré, aux rythmes eux aussi superposés, d'une grande virtuosité et, toujours, d'une architecture incomparablement ordonnée.
Norbert Dufourq a présenté de façon intéressante les deux symphonies ; qu'il me soit donc permis d'en citer des extraits. "En dotant d'une symphonie (n°1) la musique d'orgue française, Fleury s'est inscrit dans la lignée des Vierne, Widor et Barié. Malgré son caractère sombre, le premier mouvement garde, comme chez Vierne et Barié, la forme de l'allegro de sonate. Il y a plus d'expansion lyrique et plus de sérénité dans le "Tempo" suivant, écrit à la manière d'un grand Lied ou d'une romance sans paroles. Deux éléments se heurtent dans le "Scherzo" alors qu'un seul thème anime le "Final", apparenté au rondo. Le cadre demeure donc classique ; l'esprit de même. La langue ne s'interdit pas ces raffinements et ces recherches - nuances de l'âme - par laquelle un Barié, il y a trente ans, enrichissait la musique d'orgue symphonique". Quant à la deuxième Symphonie, elle comporte "un "modéré", manière de prélude clair écrit sur un thème éloquent ; un "vif" écrit sur deux thèmes, deux idées qui se heurtent, l'une qui présente toute la fluidité du ruisselet qui court, jovial et spirituel, l'autre plus mesurée, marquée pourtant au coin d'une certaine saveur populaire ; un récitatif - "avec une grande liberté de mesure" - qui met en opposition une mélodie de caractère grégorien et un élément harmonique d'une particulière poésie ; un "vif et impétueux", qui réédite un peu la syntaxe de la toccata et qui met en parallèle une idée rythmique de la plus évidente souplesse (en fait un carillon batifolant) et une idée mélodique plus rugueuse s'épanouissant dans un choral conclusif. Il y a ici une sensibilité qui s'arrête parfois aux rivages fauréens".
L'on pourrait à loisir continuer, avec la Fantaisie (sur Honos alit Artes) ou bien encore avec le second Prélude et fugue. Les traits caractéristiques sont pourtant les mêmes : un sens mélodique et de la construction formelle très sûr, une unité thématique indiscutable dans la plupart de ses uvres, un goût pour les harmonies aussi bien poétiques qu'inattendues, un rythme empreint de force et de vitalité.
"Je ne travaille que pour mon propre plaisir", confiait André Fleury à Pierre Denis en 1948, "et ne me crois pas obligé dès que j'ai terminé une composition, d'en entreprendre aussitôt une autre". Cela explique sans doute que son catalogue ne comprenne aucune page qui ne soit pas digne d'intérêt. Toutes offrent à la fois une partie et la totalité du visage du compositeur, que ce soit dans les miniatures ou dans des pages de grande envergure, et son oeuvre d'orgue, si elle n'est pas immense par le nombre d'opus, n'en occupe pas moins une place de choix dans la littérature du XXème siècle,
Hervé Désarbre
Organiste du Val-de-Grâce
1 Ed. Procure
2 Ed. Combre
3 Ed. Lemoine
4 Ed. Bornemann
5 Ed. Forberg
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