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Historique : le chef op' du mois



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Le chef op' du mois Nestor Almendros # 24 septembre 1998

  Nestor Almendros est né à Barcelone, le 30 Octobre 1930. Cinéphile passionné dès son plus jeune âge, il rejoint son père, exilé politique, à Cuba, en 1948, étudie la philosophie et crée un ciné-club. Avec un groupe d'amis, il achète une caméra 8 mm et réalise des films d'amateurs dont UNA CONFUSION COTIDIANA, en 1950, d'après Kafka. A New York, Nestor Almendros suit les cours de l'Institute of Film Technics puis, à Rome, ceux du Centro Sperimentale. En 1959, il rejoint La Havane, tourne une vingtaine de documentaires, travaille comme opérateur/réalisateur à l'Institut Cubain de l'Art et de l'Industrie Cinématographique. On retient de cette époque ESCUELA RURAL RITMO DE CUBA (1960) et GENTE EN LA PLAYA (1961), qu'il présentera, dès son arrivée en France, à Henri Langlois et Jean Rouch. Lorsqu'il rencontre Eric Rohmer, à Paris, en 1964, celui-ci tourne un épisode du film PARIS VU PAR... ( PARIS VU PAR... - 4. PLACE DE L'ETOILE ), Alain Levent, le chef-opérateur, quitte le film. Nestor Almendros le remplace. En 1966, il tourne son premier long métrage en tant que chef opérateur,  LA COLLECTIONNEUSE , et ne cessera, désormais, d'exercer cette activité. Avec Rohmer, Almendros achève la série des " Contes moraux " pour chacun desquels il dut recréer le climat et l'atmosphère d'une ville : Clermont-Ferrand sous la neige  MA NUIT CHEZ MAUD  (1969), Annecy sous le soleil pour  LE GENOU DE CLAIRE  (1970) et Paris, pour  L'AMOUR, L'APRES-MIDI  en 1972. A l'occasion de  LA MARQUISE D'O... (1976), Nestor Almendros s'inspire des peintres romantiques allemands. Autre source d'inspiration : les enluminures du Moyen Age pour  PERCEVAL LE GALLOIS  (1978). Autre rencontre essentielle dans la carrière de Nestor Almendros, celle de François Truffaut pour lequel il éclaira, dès 1969,  L'ENFANT SAUVAGE , tourné en noir et blanc, en hommage à la photographie des films muets. Suivirent  DOMICILE CONJUGAL  (1970),  LES DEUX ANGLAISES ET LE CONTINENT  (1971), pour lequel il s'inspira des peintres de l'époque victorienne. Dans le même style de photo très travaillée, il y eut également  L'HISTOIRE D'ADELE H.  (1975), puis LA CHAMBRE VERTE  (1977). Almendros avait obtenu le Prix du meilleur opérateur de l'Association de la critique new-yorkaise. Le producteur américain Bert Schneider fit appel à lui pour THE GENTLEMAN TRAMP (1973) et le contacta à nouveau pour LES MOISSONS DU CIEL (Terence Malick) qui lui valut un Oscar à Hollywood, en 1978. Ce furent ensuite, aux U.S.A., EN ROUTE VERS LE SUD (Goin' South, Jack Nicholson, 1977) et KRAMER CONTRE KRAMER (Robert Benton, 1979) entre beaucoup d'autres. Nestor Almendros recevra le César de la meilleure photographie pour  LE DERNIER METRO (1980). Il retrouvera en 1982 Eric Rohmer sur  PAULINE A LA PLAGE  et François Truffaut sur  VIVEMENT DIMANCHE ! . Il est mort à New York le 4 mars 1992. Il est l'auteur du livre "un homme à la caméra" ed. Hatier.
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Le chef op' du mois Denis Lenoir ce pointilliste # 23 octobre 1998

   Denis Lenoir à fait ses études à Vaugirard, il ne se destine pas à une carrière de directeur photo, il voulait devenir réalisateur << Je regardais donc peut ce que faisait l'opérateur dont j'était l'assistant, et par la suite, j'ai tout eu à réapprendre >>, essentiellement assistant de Bernard Lutic, ces influences photographique sont Shadows, Husbands, Gloria, et Down by low. 
  Il est le maître de l'image hors norme !, beaucoup de grains, des noirs profond, très profond !, voir des images sales ! (qui sont magnifiques !), mais son véritable art est de créé La photo du film, et non de faire la sienne, pour exemple : Tandem et La lumière du lac, sont totalement opposés.
FILMOGRAPHIE :
L'amour propre (1985) ; Dressage (1985) ; Désordre (1986) ; La lumière du lac (1987) ; Tandem (1987) ; L'enfant de l'hiver (1988) ; Ville étrangère (1988) ; Le bal du gouverneur (1989) ; Monsieur Hire (1989) ; Daddy nostalgie (1990) ; Paris s'éveille (1991) ; Beau fixe (1992) ; Drôles d'oiseaux (1992) ; L'eau froide (1993) ; La séparation (1993) ; Une nouvelle vie (1993) ; La partie d'échecs (1994) ; Carrington (1995) ; L'agent secret  (1997)
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Le chef op' du mois Gérard de Battista # 23 novembre 1998


Gérard de Battista viens du reportage et de la télévision << Je travaillais en fait à la télévision sans y être, car il y avait, à l'époque, plusieurs sociétés prestataires de services spécialisées dans le reportages, les documentaires >> il y travailla quinze ans. A ses début il porte une grande admiration pour Gianni Di Venanzo, opérateur italien de "Main basse sur la ville" de F. Rosi et "Huit et demi" de Fellini.
  Il éclaire et cadre ses images << Ce n'est pas la lumière en soi qui est intéressante, c'est la lumière de la photographie qui est sur l'écran. C'est pour cette raison que j'ai beaucoup de mal si je ne cadre pas moi-même le plan. Car, si je ne suis pas à la caméra, je ne vois pas la lumière : je veux regarder dans la caméra, je ne peux fontionner autrement >> .

FILMOGRAPHIE :
Yehundi Menuhin, chemin de lumière (1971) ; Sexologos (1973) ; Le soleil en face (1979) ; Les turlupins (1979) ; Le jampon de François Reichenbach (1981) ; La part des choses (1982) ; Poussière d'Empire (1983) ; Blanche et Marie (1984) ; La tête dans le sac (1984) ; Scout toujours (1985) ; Ennemis intimes (1987) ; Poule et frites (1987) ; Sans peur et sans reproche (1987) ; Hiver 54 - l'abbé Pierre (1989) ; Au pays des Juliets (1993) ; Une époque formidable (1991) ; Casque bleu (1993) ; Un, deux, trois soleil (1993) ; Gazon maudit (1994) ; Falait pas ! (1996) 

Le chef op' du mois Bruno de Keyser # 23 décembre 1998


Bruno de Keyser << La lumière, pour moi, doit être expressionniste, de préférence ne pas être naturelle, jamais en tout cas illogique, en respectant les sources de lumière, les ouvertures. Je n'aime pas la lumière naturelle, qui ne présente aucun intérêt pour l'opérateur. Tout le monde monde est capable de prendre une caméra et de filmer la vie. Il est donc nécessaire de faire des choix esthétiques ; même en extérieurs, il y a un travail. La lumière pour moi, doit appuyer la psychologie d'une scène, une ambiance, ou être carrément en contrepoint. L'opérateur ne doit pas simplement se contenter d'éclairer la scène, la lumière doit intervenir et correspondre à quelque chose, dans le sens ou dans le contresens de la séquence. C'est à définir >> .
FILMOGRAPHIE :
Signé Charlotte (1984) ; Souvenirs, souvenirs  (1984) ; Un dimanche à la campagne (1984) ; Autour de minuit  (1986) ; La passion de Béatrice  (1987) ; Saxo (1987) ; La vie et rien d'autre (1989) ; Lacenaire (1990) ; Max et jérémie  (1992) ; et d'autres que je n'ai pas vue ...
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Le chef op' du mois Claude LECOMTE # 28 février 1999


Claude Lecomte << Assistant de Jean Bourgoin, je suis passé directeur de la photographie grâce à lui... et je lui rends toujours hommage pour l'en remercier. 
   J'étais avec lui sur le film de Jacques Tati, "Mon oncle" ; il avait alors été contacté par Jacques Baratier pour tourner "Goha", qui l'intéressait beaucoup. Comme le tournage de Tati avait déjà duré longtemps, et qu'on ne savait pas quand on pourrait terminer le film, il a proposé à Tati de me confier le poste de chef opérateur. (...) J'ai été aussi assistant sur des films américains d'Henry Hathaway, de Delmer Daves qui venaient tourner en France. J'ai eu comme directeur de la photographie Daniel Fapp ("West side story"). C'était intéressant pour moi de comparer le travail d'un metteur en scène francais et celui d'un américain.>>

FILMOGRAPHIE :
Une balle dans le canon (1958) ; Ce soir ou jamais (1960) ; En votre âme et conscience (1960) ; Adorable menteuse (1961) ; Le dernier quart d'heure (1961) ; A cause... à cause d'une femme (1962) ; Paris, je t'aime (1962) ; L'appartement des filles (1963) ; Les durs à cuire (1963) ; Ces dames s'en mêlent (1964) ; Lucky Jo (1964) ; Les pas perdus (1964) ; Un milliard dans un billard (1965) ; La blonde de Pékin (1966) ; Martin soldat (1966) ; Bye bye, Barbara (1968) ; L'ours et la poupée (1969) ; Les novices (1970) ; Raphaël ou le débauché (1970) ; La mandarine (1971) ; Une larme dans l'océan (1971) ; La femme en bleu (1972) ; Le mouton enragé (1973) ; Un ange au paradis (1973) ; L'apprenti salaud (1977) ; Le dossier 51 (1978) ; Le voyage en douce (1979) ; Les fourberies de Scapin (1980) ; Le bourgeois gentilhomme (1981) ; Eaux profondes (1981) ; La petite bande (1982) ; Monsieur de Pourceaugnac (1984) ; Le grand chemin (1986) ; Le journal d'un fou (1987) ; Promis... juré ! (1987) ; Après la guerre (1988) La reine blanche (1991) ; A cause d'elle (1992) ;  ...

Le chef op' du mois Bernard LUTIC # 24 avril 1999


Bernard Lutic << L'opérateur avec qui j'ai travaillé comme assistant - une personne toujours déterminante dans l'apprentissage d'un métier - c'est Patrice Pouget, il avait secondé Lelouche pour "Un homme et une femme".
   C'était un chef opérateur qui "montait" très fort ; il a été, hélas victime, très jeune, d'un accident d'avion sur un tournage. J'ai travaillé avec lui pendant cinq ans : une méthode de reporter ayant l'habitude de tourner en 35 mm pour Movietone, avec dans l'esprit la formule : "il faut tourner absolument". J'ai été nourri, abreuvé par ce style d'apprentissage. C'est-à-dire savoir se débrouiller... La technique, pour lui, n'était pas très importante, il privilégiait ce qui se passait à l'image.
   Cette méthode m'est restée avec le temps, car je ne pense pas, en effet, que la technique soit primordiale. Je pense davantage à ce qui va être filmé. Avec de beaux décors, de bons comédiens, on arrive forcément à rendre une belle image.
   Je préfère l'esprit à la forme. La technique ne m'a jamais posé de gros problèmes ou, du moins, j'y réfléchis après, après m'être posé la question : "Cela vaut-il bien la peine d'être filmé ?"
   J'aime les films en noir et blanc de Carné, la photographie de Roger Huber, celle des films allemands d'avant-guerre ; pour le couleur, la lumière des films de Fellini, de Visconti : surtout les Italiens ; Bergman, également, et l'image de Nykvist. C'est avec eux que je me suis posé des questions sur l'image. Ce n'était pas seulement impressionner une pellicule mais une vrai recherche de l'image.
   J'ai souvant vécu à la campagne, près de la nature, et j'ai toujours pensé qu'on ne ferait rien de mieux qu'une lumière naturelle, par exemple un lever ou un coucher de soleil. On peut inventer, on ne fera jamais mieux ! On reproduit les belles lumières dans un studio, où on trafique un petit peu pour obtenir l'effet recherché, mais il est préférable d'attendre la "bonne heure", et être en prise directe avec la vérité.>>

FILMOGRAPHIE :
Drôles de Diam's (1978) ; Je te tiens, tu me tiens par la barbichette (1978) ; Anthracite (1980) ; Le bar du téléphone (1980) ; Court circuits (1980) ; Deux lions au soleil (1980) ; La femme de l'aviateur (1980) ; Plein sud (1980) ; Le Beau mariage (1981) ; Les hommes préfèrent les grosses (1981) ; Coup de foudre (1982) ; L'honneur d'un capitaine (1982) ; Un jeu brutal (1983) ; Viva la vie (1983) ; L'arbre sous la mer (1984) ; Partir revenir (1984) ; Tristesse et beauté (1985) ; Poussière d'ange (1986) ; l'ami de de mon amie  (1987) ; Dandin (1987) ; Prisonnières (1988) ; Nuit d'été en ville (1990) ; Aujourd'hui peut-être... (1991) ; Dien Bien Phu (1991) ; Toutes peines confondues (1991) ; Le colonel Chabert (1993) ; Les faussaires (1993) ; Le roi de Paris (1994) ; Between the Devil and the Deep Blue Sea (1995) ; The Quarry (1998) ; Hanuman (1998) ; Mookie (1998) ;  ...

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Le chef op' du mois Henri ALEKAN # 9 juillet 1999


  Henri Alékan, Né le 10 Février 1909 à Paris, il suit les Cours du soir gratuits des Arts et métiers, ceux de l'Institut d'Optique et ceux de Pathé-Cinéma aux studios de Joinville-le-Pont. 
  Grouillot à la Bourse pour gagner sa vie, il sera aussi, un temps marionnettiste avec son frère au Guignol du Parc des Buttes-Chaumont puis à la Samaritaine. À force de hanter les plateaux, il s'y fait engager comme factotum, effectue son service militaire, se forme au parlant et devient en 1937 l'assistant du chef-opérateur Eugen Schüfftan. 
  La guerre survenue, il est fait prisonnier au neuvième jour de celle-ci et il s'évade à l'aube du dixième. Il rejoint alors la zone libre et les Studios de la Victorine de Nice. Promu chef-opérateur, il travaille avec Yves Allégret, Abel Gance ou Jacqueline Audry
  À l'occasion, il filme clandestinement, les installations ennemies pour en envoyer les vues à Londres secrètement. Cela lui vaudra d'être médaillé des Combattants volontaires de la Résistance. Peu après la Libération, Henri Alekan s'illustre par un doublé célèbre qui prouve l'étendue de son savoir-faire. L'image de  LA BATAILLE DU RAIL  de René Clément (1945) vise au dépouillement et n'est pas sans parenté avec le néo-réalisme italien ; à l'opposé, l'image très sophistiquée de  LA BELLE ET LA BETE  de Jean Cocteau (1945) s'inspire des gravures de Gustave Doré et fait appel à toute la palette de la lumière cinématographique sans compromettre "l'unité plastique du film". Dès lors, sa carrière est jalonnée de pierres blanches et de rencontres décisives avec des cinéastes de tempéraments variés (Marcel Carné pour  LA MARIE DU PORT en 1949 et  JULIETTE OU LA CLE DES SONGES  en 1950 ; Henri Verneuil pour  LE FRUIT DEFENDU  en 1952 ; Joseph Losey pour  LA TRUITE  en 1982, Terence Young, Raoul Ruiz ou Wim Wenders).

FILMOGRAPHIE :
La Danseuse rouge (1937) ; Drôle de drame (1937) ; Mollenard (1937) ; L'Emigrante (1939) ; L'Esclave blanche (1939) ; Les Musiciens du ciel (1939) ; Vénus aveugle (1940) ; Echec au Roy (1943) ; Les Petites du quai aux fleurs (1943) ; La Bataille du rail (1945) ; La Belle et la bête (1945) ; Les Maudis (1946) ; Le Diable souffle (1947) ; Les Amants de Vérone (1948) ; Une si jolie petite plage (1948) ; La Marie du port (1949) ; Juliette ou la clé des songes (1950) ; Ma mpomme (1950) ; Trois femmes  (1951) ; Le Voyage en Amérique (1951) ; Les Amours finissent à l'aube (1952) ; Le Fruit défendu (1952) ; Julietta (1953) ; Quand tu liras cette lettre... (1953) ; Zoé (1953) ; Frou-Frou (1954) ; Les Impures (1954) ; Le Port du désir (1954) ; La Reine Margot (1954) ; Les Héros sont fatigués (1955) ; La Meilleure part (1955) ; Le Cas du docteur Laurent (1956) ; Le Salaire du péché (1956) ; Typhon sur Nagasaki (1956) ; Cerf-volant du bout du monde (1957) ; Le Bourgeois gentilhomme (1958) ; Douze heures d'horloge (1958) ; Austerlitz (1959) ; Le Mariage de Figaro (1959) ; Le Cas du docteur Laurent (1956) ; Le Secret du Chevalier d'Eon (1959) ; La Princesse de Clèves (1960) ; Un, deux, trois, quatre (1960) ; Le Couteau dans la plaie (1961) ; Les Parisiennes - 1. Ella (1961) ; Les Parisiennes - 2. Antonia (1961) ; Lady L (1964) ; Triple cross (1966) ; Mayerling (1967) ; L'Arbre de Noël (1969) ; L'Ombre et la nuit (1977) ; La Truite (1982) ; Une pierre dans la bouche (1982) ; La Belle captive (1983) ; Berlin Jérusalem (1989) ; Golem-l'esprit de l'exil (1991) ;

BIBLIOGRAPHIE :
Des Lumières et des Ombres, ed. du collectionneur (1984) ; La Belle et la Bête, ed.du collectionneur (1992) ; Le Vécu et l'Imaginaire, ed. La Sirène (1999) ;

Le chef op' du mois Bruno NUYTTEN # 12 février 2000


  Bruno Nuytten a signé quelques-une des plus belles images du cinéma français et travaillé avec les réalisateurs les plus exigeants qui lui ont valu un César en 1984, pour "Tchao Pantin".
  << Quand l'acteur arrive sur le plateau, dit-il, c'est là que commence l'histoire. Aussi, pour avoir une indication de regard sur le style d'un film, j'assaye toujours de prendre le regard d'un des personnages de cette histoire. La façon dont tel personnage voit la réalité fictive dans laquelle on se trouve, oriente mes choix et permet de vivre une narration à travers ce personnage. C'est donc à travers lui que j'essaye de visualiser les choses. Les américains ont quelque fois le privilège de définir des directions esthétiques qui valent tant d'argent. Dès que cet argent est estimé, si on considère que cette direction esthétique vaut le coup d'être jouée, elle est effectivement jouée. En France , c'est beaucoup plus désordonné. On a des tas d'idées esthétiques, et puis le premier jour de tournage tout est contredit par la réalité des faits en présence. Etres opérateur, c'est être formé à des réflexes extrèmement rapides en fonction des situations totalement en contradiction avec ce qu'on pouvait présumer qu'elles seraient. L'attention extrêmement vigilante à tout ce qui nous entoure est décisive.
  Il faut toujours ajuster le principe de base avec le propos du film. J'ajoute que c'est toujours sur les petits défauts que les choses prennent leur charme. Un film qui serait entièrement beau d'un bout à l'autre ne serait pas intéressant, à mon avis, parce qu'on provoque une espèce de lassitude chez le spectateur. Des contrastes sont parfois nécessaires. Les effets se valorisent les uns par rapport aux autres. Moi, je suis pour des séquences "moches" et des séquences extrêmement lisses. Je pense que pour tenir un film il suffit de réussir trois séquences. De préférence, une au début, une au milieu et une à la fin, pour provoquer des chocs visuels. Quand je dis des séquences "moches" je ne dis pas des séquences ratées. Même le moche ça se travaille, et ça se met en bonne place. Il faut placer des séquences faites de manière très ordinaire qui, par ricochet, mettent en valeur des choses beaucoup plus frappantes. La mémoire où la sensibilité d'un spectateur peut fonctionner sur trois plans magnifiques. Quand il sortira de la salle, ce spectateur sera satisfait parce qu'il gardera en mémoire ces trois images-là. La difficulté, c'est de savoir où placer les choses. Savoir que, si on a été fort sur ce coup-là on peut se permettre de faire un sacrifice peu après. C'est affaire d'ajustement. C'est à l'assemblage qu'on arrive à donner sa forme à un film.
  Pour ce qui est de la lumière, je travaille sur le principe de la source unique. C'est difficile de savoir comment elle est bien placée. Si elle est bien placée, elle donne d'emblée un sens au décor >> .

FILMOGRAPHIE :
Les Valseuses (1974) ; Souvenirs d'en France (1974) ; Les Vécés étaient fermés de l'interieur (1975) ; India Song (1975) ; L'Assassin musicien (1975) ; Son nom de Venise dans Calcutta désert (1976) ; La Meilleure façon de marcher (1976) ; Mon coeur est rouge (1976) ; Barocco (1976) ; La nuit tous les chats sont gris (1977) ; Le Camion (1977) ; Zoo zéro (1978) ; La Tortue sur le dos (1978) ; French Postcards (1979) ; Les Soeurs Brontë (1979) ; Brubaker (1980) ; Hôtel des Amériques (1981) ; Garde à vue (1981) ; Un Assassin qui passe (1981) ; Possession (1981) ; Possession (1981) ; Invitation au voyage (1982) ; La Vie est un roman (1983) ; Tchao, pantin! (1983) ; Les Enfants (1984) ; Fort Saganne (1984) ; La pirate (1984) ; Détective (1985) ; Jean de Florette (1986) ; Manon des sources (1986)  ; ...

REALISATION :
Camille Claudel (1988) ; Albert souffre (1992) ; Passionnément (1999) ; ...

Le chef op' du mois Darius KHONDJI # 14 avril 2000


  Darius Kondji : << Quand j'étais petit, je baignais dans le cinéma. Mon père était distributeur, achetant des films en Europe pour les diffuser à Téhéran où nous vivions. (...) Plus tard, quand ma famille a déménagé à Paris, il y avait toujours des photos et des affiches de films dans la maison. J'étais fasciné. A 12 ans, je me suis pris de passion pour les films d'horreur. (...) A cette époque, j'ai acheté une caméra 8 mm d'occasion et j'ai commencé à tourner mes propres films de Dracula. Ma soeur a ensuite pris mon éducation cinématographique en main. Tous les week-ends, elle me traînait à la cinémathèque. (...) J'ai continuer à étudier le cinéma à l'université de New York où j'ai eu comme professeur le grand Haig Manoogian. Le retour en France a été très difficile. L'industrie du cinéma était comme un mur en face de moi, impossible à pénétrere. (...) J'ai eu la chance d'être engagé par Bruno Nuytten, le plus grand cinéaste français des années 70.
  Quand je lis le scénario d'un film pour la première fois, je cherche tout de suite le contraste dramatique d'une histoire et le contraste psychologique entre les personnages. Pour moi, le contraste est comme un autre personnage du film : c'est un rôle qui est joué par la photo. En terme de photographie donc, il peut êtres difficile d'obtenir du contraste avec la couleur. Orson Welles disait que filmer en noir et blanc, c'était comme si on mettait une loupe sur les acteurs, ça les faisait ressortir du reste. Mon but est de réaliser ce type de contraste avec la conleur. Et pour cela, je dois pouvoir contrôler la couleur de l'image. J'utilise les techniques de développement comme le ENR, qui retient un pourcentage d'argent pour saturer les noir et accentuer le contraste (...) je fais beaucoup de tests au labo avant de tourner. Et je travaille toujours avec le même étalonneur, Yvan Lucas (...) il partage ma passion pour le cinéma et a une approche très sensuelle de la couleur. En plus de ces techniques de tirage, j'utilise le VariCon, un système de contrôle du contraste attaché à la camera face à l'objectif. (...) Ce système me permet d'adoucir le contraste dans certaines scènes et de jouer avec les couleurs. Par exemple, si j'éclaire une scène avec des tons chauds dorés, je ne souhaite pas avoir des noirs trop saturés. Donc, je flashe le film avec du bleu pour donner aux ombres un aspect cendré, puis je joue avec le diaphragme pour saturer les autres couleurs. (...)
  Le choix des objectifs est aussi important. J'ai tendance à utiliser deux marques d'objectifs : Primo et Cooke. Chacun a un rendu différent. Les Primo donnent à l'image une très haute définition et sont donc indiqués pour les histoires contemporaines : des récits urbains, réalistes ou des films d'action (je les ai utilisés pour Seven et Alien, la Résurection). Les objectifs Cooke, mes préférés, embelissent l'image, ce qui était parfait pour Delicatessen et Beauté volé. Pour Evita, j'ai utilisé des Cooke pour le début de sa vie et des objectifs Zeiss, qui donnent une image plus froide et dure, pour la seconde partie de sa vie. (...)
  A tous ceux qui voudraient devenir directeur de la photo aujourd'hui, je dirais de na pas passer trop de temps dans les écoles de cinéma. Voyagez. Recherchez les contrastes : allez au Sahara, dans les paysages en noir et blanc de l'Islande, dans les villes, à New York, à Venise. Ouvrez vos yeux à la lumière des lieux, observez la façon dont elle rebondit sur les immeubles, dont elle éclaire les paysages. Prenez un train ou montez dans votre voiture et conduisez. C'est justement au volant de ma voiture, la nuit, avec la musique, que je trouve le plus d'inspiration, surtout s'il pleut. Prenez des photos. Et regardez des films. Beaucoup de films. >>

FILMOGRAPHIE :
Embrasse-moi (1988) ; Le Trésor des îles Chiennes (1989) ; Delicatessen (1991) ; Prague (1992) ; L'Ombre du doute (1993) ; Pred dozhdot (1994) ; La Cité des enfants perdus (1995) ; Marie-Louise ou la permission (1995) ; Seven (1995) ; Beauté volée (1996) ; Evita (1996) ; Alien: Resurrection (1997) ; In Dreams (1999) ; La Neuvième porte (1999) ; The Beach (2000) ; ...

d'après : " les directeur de la photo" Peter Ettedgui - ed. La Compagnie du Livre

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Le chef op' du mois Jean-François Robin # 1 juin 2000


  Jean-François Robin : << On dit d'un cadreur qu'il tient la caméra, expression consacrée mais combien inexacte ; il existe en fait une vraie relation amoureuse entre l'opérateur et sa caméra. Il s'y accroche, il la palpe, il s'y coltine à bras le corps, il la manie, il la caresse, il la flatte de ses paupières. Sa position de premier spectateur en fait un voyeur privilégié. Il a le sauf conduit de tous les regards, de toutes les contemplations, de toutes les complicités. Découpeur d'espaces et de temps, il doit maîtriser le rectangle, du centre jusqu'à ses bords et percevoir les émotions et les drames qui s'y déroulent au prix d'une concentration souvent égale à celle de l'acteur. >>

FILMOGRAPHIE :
Lèvres de sang (1975) ; Le Plein de super (1976) ; La Communion solennelle (1976) ; Pourquoi pas (1977) ; Martin et Lea (1978) ; Le Coup de sirocco (1978) ; Les Bronzés (1978) ; Je vais craquer !!! (1980) ; Les Années lumière (1980) ; Les Babas Cool (1981) ; Un bon petit diable (1983) ; Sarah (1983) ; Rue barbare (1984) ; Liste noire (1984) ; L'Amour braque (1985) ; Parking (1985) ; L'Unique (1986) ; 37°2 le matin (1986) ; Maladie d'amour (1987) ; Kamikaze (1986) ; Le Solitaire (1987) ; Quelques jours avec moi (1988) ; Wait Until Spring, Bandini (1989) ; Roselyne et les lions (1989) ; Monsieur (1990) ; Women & Men 2: In Love There Are No Rules (1991) (TV) ; Plaisir d'amour (1991) ; La Sevillane (1992) ; IP5: L'île aux pachydermes (1992) ; Roulez jeunesse (1993) ; The Browning Version (1994) ; Suite 16 (1995) ; Nelly & Monsieur Arnaud (1995) ; EL Efecto mariposa (1995)  ; The Leading Man (1996) ; Le Baiser du serpent (1997) ; Metroland (1997) ; Le Bossu (1997)  ; La Patinoire (1999) ; Rogue Trader (1999) ; Six-pack (2000) ; ...
 
 

D'après : " Image par Image" Jean-François Robin - ed. Climats

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La sony HDW-F900# 26 janvier 2001


La sony HDCAM HDW-F900
(résolution : 1920 x 1080, cadences : 23.976P, 24P, 25P, 29.97P, 30P, 50i, 59.94i, 60i)

Téléchargé la doc de sony : hdw-f900.pdf (2.12Mo)
Téléchargé la doc de Panavision : 24p.pdf (183Ko)
Le site de Peter Gray (Chef opérateur) sur la HDW 700 : jkor.com/peter

 
Le chef op' du mois Stuart Dryburgh # 1 juillet 2001

Stuart Dryburgh ; Cinemathographer, Dop, Operateur, Directeur photo  Stuart Dryburgh : << La conception de la photographie d'un film est un processus passionnant. Chaque réalisateur apporte des références différentes : des pages de magazines, des tableaux, des photos. Le chef décorateur dessine à partir de cette base, produisant une grande quantité d'images. Moi, en tant que D.P., je commences à me concentrer sur des scènes particulières et mets mes idées sur la table. On peut ensuite discuter et affiner l'identiter visuelle du film. Souvent, je me rends sur le lieu de tournages (ou un endroit avec une lumière similaire) avec un appareil photo et fais des tests de lumière avec différentes pellicules, filtres ou autre. Ensuite, je présente un diaporama à toute l'équipe. Ainsi, le langage visuel évolue de façon cohérente. Et souvent ce que l'on appelle du bon cinéma n'est en réalité qu'une bonne conception des décors ou un bon choix du lieu de tournage. C'est souvent si simple : tout est là, il suffit de le photographier ...
  J'éclaire de façon naturelle. Dans une prise de vue d'un intérieur jour, j'aime avoir l'impression que la lumière principale entre par la fenêtre ; la nuit, j'essaye d'avoir une source lumineuse logique et réelle. Mais pour moi, la couleur de la lumière est aussi importante que sa disposition ou son contraste. Avec Jane Campion, j'ai acquis une conception de la lumière que j'applique désormais à tout  mon travail. Le but est de trouver la bonne température de la couleur en fonction des émotions, des sites et des époques de l'histoire. Nous avons appliqué ce principe la première fois pour Un ange à ma table. L'enfance à South Islande de Janet Frame, la protagoniste, a été représentée avec des tons dorés. Sa vie dans la ville était éclairée de façon plus froide et plate. Et pour la scène où Janet découvre que sa soeur est morte noyée, nous avons carrément assombri la couleur jusqu'à obtenir une pénombre bleutée. Dans La Leçon de piano, nous avons utilisé cette même démarche pour caractériser les lieux. Dans Portrait de femme, la couleur définissait les différentes époques. En fait, cette démarche n'a rien d'extrêmement compliqué, en théorie comme en pratique. Elle est simple et elle marche. (...)
  J'ai continué à travailler dans la publicité tout au long de ma carrière cinématographique. J'aime tourner des spots publicitaires parce qu'il faut simplement faire de belles images, ce qui est amusant et stimulant. Cela change de la fiction et du cinéma où les images doivent toujours rester dans la logique visuelle d'un film. Dans la publicité, il suffit souvent de tourner 20 à 30 images étonnantes et le tour est joué. Les budgets publicitaires permettent aussi de tester du matériel nouveau, une nouvelle caméra ou un système de télécommande ou une technique de post-production. Ainsi, sur le tournage d'un long métrage, dont le budget est souvent limité, le fait d'avoir testé tous ces outils vous permet d'en connaitre l'efficacité. Et grâce à la publicité, je peux choisir de tourner les films que je veux. Je suis très sélectif. Un film représente un tel engagement, on y met tant d'énergie et de talent, qu'il est essentiel de travailler sur des projets qui vous tiennent à coeur. >>

FILMOGRAPHIE :
Kitchen Sink (1989) ; An Angel at My Table  (1990) ; The Piano (1993), Once Were Warriors  (1994) ; The Perez Family (1995) ; Peach (1995) ; The Beach (1995) ; Lone Star (1996) ; The Portrait of a Lady (1996) ; "Sex and the City" (1998) TV Series ; Poodle Springs (1998) (TV) ; Analyze This (1999) ; Runaway Bride (1999) ; Bridget Jones's Diary (2001) ; Kate & Leopold (2002) ...

D'après : " Les Directeurs de la Photo" Peter Ettedgui - ed. La Compagnie du Livre

 
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